Thakhek : ne loupez pas « the Loop »

Boucle de Thakhek, Laos

Jusqu’à la dernière minute, nous nous sommes posés la question de faire ou non escale à Thakhek, sachant que l’on a un visa de 30 jours, que le Laos est tout en longueur et qu’il regorge d’endroits où l’on aimerait s’arrêter un peu plus longtemps. Puis à Vientiane, nous avons réglé le problème en étendant notre visa de sept jours au bureau de l’immigration. Mais Thakhek, stop indispensable ou non ? On vous raconte.

Où est Thakhek ?

Thakhek se situe dans le centre du Laos, dans la province de Khammouane, dont elle est la capitale. De là, on peut partir explorer les environs en scooter pendant trois-quatre jours et réaliser « the loop » (la boucle) qui monte au nord vers Lak Xao en traversant le lac artificiel de Nam Theun, puis Lak Ha, Khoun Kham depuis laquelle on peut faire un crochet vers la gigantesque grotte de Kong Lor, pour enfin redescendre sur Thakhek en passant par Vieng Kham. Un périple est ponctué d’attractions – grottes, villages, baignade, chutes d’eau… – et de paysages assez variés à couper le souffle.

Itinéraire au départ de Thakek, Laos

En pointillés jaunes, notre itinéraire au départ de Thakhek et en direction de l’est.

Nous voilà prêts à partir, enfourchant notre Zongshen semi-auto, 4 vitesses, 100 cm3, après trois aller-retour dans l’allée du loueur pour se faire la patte au changement de vitesse. Et c’est parti pour 425 km de routes et de pistes, le cheveu au vent et la poussière dans les yeux. Booooorrn to be wiiillld!!!

paysage karstiques de la boucle de Thakhek, Laos

Sur la route, à travers les paysages karstiques typiques de cette région

Première étape : le village de Tha Lang

Grottes et piscines naturelles

La première étape de notre périple s’arrête au village de Tha Lang, près de Nakai, au bord du lac artificiel de Nam Theun. Mais dès le début du parcours, il est possible de s’attarder à plusieurs endroits comme la grotte Tham Pha Fa (qui contient des bouddhas), la grotte de Xien Liab qui est traversante et offre une jolie fenêtre de verdure de l’autre côté, Tha Falang (piscine naturelle où il est possible de se baigner et après quelques heures sous le cagnard c’est pas négligeable), la grotte Tham Aen, et d’autres encore. Nous choisissons de nous arrêter dans la grotte de Xien Liab et de nous tremper à Tha Falang avant de reprendre la route qui est encore longue.

La grotte traversante de Xien Liab, Laos

La grotte traversante de Xien Liab se situe au sud de la boucle.

Plus nous avançons, plus les paysages nous charment. La route n’est pas trop mauvaise pour le moment. Des troupeaux de buffles et de vaches occupent parfois la voie. Nous traversons des villages souvent déserts et sillonnons entre les montagnes posées comme des flans démoulés sur une assiette plate. Elles sont recouvertes par la jungle et laissent par endroit entrevoir dans la roche des entailles verticales. Il n’est pas 10 heures que la chaleur nous harcèle déjà. La vitesse à laquelle nous roulons nous soulage d’un air tiédasse.

Le lac artificiel de Nam Theun

Nous arrivons en fin de journée au village de Tha Lang. La lumière est déjà belle, chaude et redonne forme aux reliefs. Le spectacle de cette fin de journée est un cadeau. Le lac artificiel de Nam Theun, créé à la construction du barrage du même nom par la principale société française d’électricité a immergé des dizaines de milliers d’arbres – sans compter les villages… – sur des terres vallonnées. Ainsi, le paysage offre un spectacle un peu particulier, à la fois mortuaire et sublime, avec une alternance de troncs d’arbres immergés dans une eau calme et miroitante et de petites îles verdoyantes.

Coucher de soleil sur le lac

Arrivés à notre guesthouse, nous ressortons aussitôt assister au coucher du soleil : un point rouge glissant doucement vers une forêt gris-bleu découpée sur l’horizon. Au premier plan, les silhouettes géométriques des arbres morts se reflètent dans l’eau quasi immobile. Des pirogues, amarrées sur la rive, donnent une touche vivante au tableau.

Coucher de soleil sur le lac artificiel de Nam Theun, Laos

Coucher de soleil sur le lac artificiel de Nam Theun, près du village de Tha Lang.

Après un barbecue, une beer lao et quelques discussions au coin du feu, nous rentrons nous coucher dans notre bungalow avec pour objectif de repartir avec la fraîcheur matinale.

Deuxième étape : le village de Kong Lor

La matinée est un délice. Nous sommes seuls pour admirer ces paysages immergés, l’air est frais et les couleurs parfaites. Un instant de bonheur avant que la chaleur ne revienne. Après le lac, nous prenons de la hauteur, collés en avant du scooter dans les montées, un peu comme une prière au Dieu de la mécanique chinoise, et adoptant une conduite modeste dans les descentes gravillonnées.

Balade dans la jungle

Arrivés au village de Khoun Kham, nous visitons les chutes d’eau de Na Sanam avec à l’esprit la pub Tahiti de nos jeunes années, à savoir un bain bien rafraichissant qui fait sentir bon. L’accès, c’est 20 000 kips (2,3 euros). À notre question, on nous répond : « Water ? Yes ! You can swim ! One kilometer, 20 minutes walking. » OK, ça se fait et puis tout se mérite. L’ascension est belle, verte, prometteuse au beau milieu de la jungle. L’air est étouffant, forcément mais après une bonne demi-journée de tape-cul scooter, la marche nous fait du bien. C’est tout ce qu’on retiendra de cela, car la chute d’eau est inatteignable et les trous d’eau bons pour des bains de pieds. Aller, vas, c’est pour moi !

Homestay à Kong Lor

Ce soir, nous dormons à Kong Lor, le village près de la grotte du même nom. Sur la route qui y mène, ligne droite interminable, nous roulons à vive allure sous une lumière descendante. À droite, un troupeau de buffles qui se baignent dans une piscine naturelle, des champs de tabac délimités par des clôtures en bambou, à gauche le vert des rizières en culture et l’ocre de la terre, quelques maisons, les coucous souriants des enfants, un coup de klaxon de temps en temps (oui, ici on double au klaxon), et ainsi de suite.

Sur la route de Kong Lor, Laos

Sur la route de Kong Lor, baignée d’une belle lumière de fin de journée.

Le village de Kong Lor est un village de homestay. Sur les maisons qui proposent l’hébergement, un numéro. Facile. Nous nous enfonçons parmi les habitations, nous choisissons de passer la nuit au bord de la rivière. Paisible stop. L’accueil est sincère mais réservé. Encore une fois, nous ne mangerons pas avec nos hôtes : rageant. Seuls le chef de famille et un voisin viendront causer après le repas. La communication reste difficile mais c’est mieux que rien. Nous avons avalé un bol de riz et partagé une assiette d’omelette. À 21h30, nous nous écroulons sous notre moustiquaire.

La fameuse grotte de Kong Lor

Le coq nous réveille à 5h30, réitère à 6h (option « snooze » je suppose). Nous le laissons s’égosiller et nous nous levons à 7 heures. Toute la maisonnée est debout depuis une bonne heure déjà. Après un bol de soupe de nouilles et de légumes verts en guise de petit déjeuner, nous quittons notre hôte pour la visite de la grotte.

Kong Lor se visite en bateau. Elle est immergée par une rivière souterraine de 7 km de long. Nous voilà tous deux, plongés dans le noir absolu, sur notre barque en bois à moteur qui pétarade et à l’hélice rafistolée à grand coup de lime, pour deux heures de navigation rafraîchissante. À ce moment-là, impossible de l’oublier : notre espoir de survie repose sur les piles de la lampe (made in…), la longévité du moteur du bateau et l’intégrité de notre guide qui lui possède une lampe plus puissante et une vraie connaissance de la grotte. Cet homme est bluffant d’habileté quand il manie le gouvernail pour passer entre les rochers et prendre les virages.

La grotte de Kong Lor, Laos.

Cette partie de la grotte de Kong Lor se visite à pied : on peut sillonner à travers d’impressionnantes stalagmites et stalactites.

À l’intérieur, un long passage avec de belles stalactites et stalagmites se visite à pied. Un vrai travail d’éclairage, issu de la collaboration avec une équipe néozélandaise, les met bien en valeur. À cet instant, on mesure l’immensité de la cavité. Puis, après un long moment dans le noir, chaleur et odeurs de végétations viennent réveiller nos sens, et, seulement après, un trou de verdure apparaît et met fin à cet enfermement, comme un retour à la vie (si, si…).

Troisième étape : retour à Thakhek

De retour sur la route principale, nous rentrons en direction de Thakhek. La route jusqu’à Vieng Kham est sinueuse, assez dangereuse, mais jolie. Trois singes traversent devant nous, comme un clin d’œil de la forêt. À midi, nous nous arrêtons enfin dans un petit restaurant tenu par un Thaï. Il parle un peu français et est content de discuter.

Les rapides de Kong Keo

Le reste de la route est moins attrayant, mais nous avons repéré les rapides de Kong Keo à quelques kilomètres avant Thakhek. Il faut prendre une piste sur la gauche et rouler pendant 6 km. Là encore nous arrivons sous une lumière de fin de journée. Vaches et buffles paissent encore, les montagnes s’illuminent et nous sommes seuls sur le chemin de terre, à éviter les trous et contourner les bosses. Au bout d’une demi-heure, nous entrons dans un village préservé de tout modernisation, des enfants s’amusent de notre présence et rient de plus belle quand ils nous entendent répondre à leurs saluts dans un lao certainement imparfait. Nous sommes comme des bêtes curieuses sous le bâton d’un enfant joueur.

Vers les rapides de Kong Keo, Laos.

Il faut passer le pont et traverser le village pour accéder aux rapides de Kong Keo.

On nous montre le chemin. Il faut traverser le pont en bois sur la rivière et les rapides sont derrière. Mais déjà, cette première rivière, sous cette lumière, ces femmes et ces enfants qui se baignent et ces petits jardins clôturés… C’est ça, ils n’ont besoin de rien d’autre, ici il y a tout : de quoi manger, de quoi se laver, de quoi se divertir. Puis nous arrivons aux rapides, l’endroit est sublime. Les enfants nous regardent de loin, un pécheur sur sa barque pose des filets, une femme se lave à la rivière dans l’intimité de son sinh (voir encadré) noué à la poitrine.

Le sinh, jupe traditionnelle laotienne
Le sinh est une jupe traditionnelle laotienne. Il est constitué d’un large tube de tissu à motifs et couleurs variés qui se rabat et s’attache à la taille, et qui descend à mi-cheville. La plupart des Laotiennes en portent avec un t-shirt ou une chemise car c’est un vêtement très confortable à porter avec la chaleur.
Pour se laver à l’abri des regards, à la rivière ou aux fontaines des villages, les femmes en utilisent des vieux qu’elles nouent à la poitrine ou qu’elles tiennent entre les dents le temps de se savonner.

 

Il est tard, nous laissons ce petit paradis. Ici le soleil se couche à 18 h et le jour tombe vite. Nous remontons sur le scooter pour regagner Thakhek avant la nuit.

Alors ça vous a donné envie de vous arrêter à Thakhek lors de votre prochain voyage ? On vous le conseille ! Lire aussi notre article sur le plateau des Bolovens.

Plus de photos de la boucle de Thakhek :

Êtes-vous déjà allés au Laos ? La boucle de Thakhek est-elle une étape qui vous a plu ou vous plairait de faire ?

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10 commentaires

    • Véronique

      Je te le recommande, c’est un très chouette pays. Mais n’attends pas trop car il va changer rapidement. Les Chinois investissent en masse et construisent beaucoup.

  1. Encore du superbe et du bien vécu! avec de l’humour et un regard plein de poésie!
    Très chouette!
    Comment s’appelle cet arbre avec tant de piquants sur le tronc? Est-ce que les habitants s’en servent pour quelque chose?

    • Véronique

      Aucune idée du nom de cet arbre et nous n’en avons vu aucune utilisation particulière. Je pense qu’il a développé des défenses, comme d’autres espèces d’ailleurs, mais je n’en sais pas plus.

  2. Merci pour ce road trip photo, qui me renvoie 2 an en arrière lors de mon premier séjour. J’ai hâte d’y retourner faire cette boucle avec l’homme :) !

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